Qui est Stéphanie Frappart, l’arbitre de la finale Liverpool – Chelsea (ce soir à 19H GMT) ? #Senegal

«Nous devons prouver physiquement, techniquement et tactiquement que nous sommes les mêmes que les hommes. Je n’ai pas peur de ça. Rien ne change pour moi», affirmait Stéphanie Frappart ce mardi en conférence de presse de veille de match. Et ça a le mérite d’être clair. Mais ce mercredi soir, la Supercoupe d’Europe qui opposera Liverpool à Chelsea aura dans tous les cas un doux parfum de soirée historique. Pour la première fois dans cette compétition, une femme sera arbitre centrale de la rencontre. Et cocorico, ce sera la Française Stéphanie Frappart. Mais attention, la native d’Herbley-sur-Seine préfère qu’on mette en avant ses habiletés en tant qu’arbitre, plutôt que d’évoquer ses différents records en tant que femme. «C’est une reconnaissance de mes compétences, ce n’est pas parce que je suis une femme que je suis là. C’est comme Corinne Diacre quand elle est arrivée à Clermont (NDLR : Les deux sont arrivées en Ligue 2 en 2014), ce n’était pas un coup de médiatisation, on a prouvé qu’on avait le niveau !», assure Frappart.

Et le niveau, cela ne fait aucun doute, elle l’a. Car avant de se muer en pionnière dans le monde du football masculin, elle avait déjà été choisie pour être au sifflet de la Coupe du monde féminine 2015 au Canada, aux Jeux Olympiques de Rio, à l’Euro 2017, et à la Coupe du monde U20 en France où elle avait arbitré la finale. Depuis quelques mois, Stéphanie Frappart gravit les échelons à vitesse grand V, et avec brio. Après avoir excellé en phase de poules de la Coupe du monde 2019 et à l’occasion du quart de finale entre l’Allemagne et la Suède, la FIFA l’avait désignée pour arbitrer la finale entre les Etats-Unis et les Pays-Bas, le 7 juillet dernier. En montrant qu’elle était à la hauteur comme lors de ses deux matches de Ligue 1 (NDLR : Amiens-Strasbourg et Nice-Nantes), la native du Val d’Oise s’est ouverte les portes du succès. Succès dont elle tire une grande fierté : «Arriver à ce niveau-là, ce n’est pas donné à tout le monde, je suis dans les 40 meilleurs arbitres français et dans les 27 mondiales chez les filles», lâche-elle tout sourire. Et cette réussite n’est pas du tout le fruit d’un concours de circonstances.

Une passion qui a forgé son caractère

Dès sa plus tendre enfance, Frappart s’imprègne du monde du football. A 10 ans, elle débute en tant que joueuse dans le club de l’AS Herbley. Et très vite, au cours de son adolescence, elle commence à s’intéresser ardemment aux règles du ballon rond. Elle s’inscrit alors en STAPS et alterne entre ses après-midis passés balle au pied et ceux avec le sifflet à la bouche. Mais prise par les études, la jeune femme alors âgée de 20 ans doit faire un choix pour la suite de sa carrière. «A cette époque, le football féminin était beaucoup moins développé qu’aujourd’hui, je me suis alors dit que j’avais plus de chance de réussir en tant qu’arbitre», se justifie-elle. Et voilà qu’elle se lance dans une aventure pleine de réussite, même si tout n’a pas toujours été chose aisée, notamment dans le monde amateur : «Il faut être passionnée pour rester dans l’arbitrage quand on se fait insulter chaque week-end à bas niveau».

Pour réussir dans un milieu à l’époque réservé aux hommes, ça n’a pas toujours été facile et ç’a participé à forger son caractère. «J’ai toujours été un peu une tête de mule, je n’avais pas de modèle comme il n’y avait pas d’arbitres de femmes, mais j’ai persévéré, ça me plaisait bien d’être sur le terrain dans un monde de garçons. Mais j’ai toujours été bien accompagnée, parce qu’au début c’était compliqué», se souvient-elle. Pour imposer son autorité et ses décisions aux 22 acteurs de la pelouse, peu importe leur sexe, cela nécessite un fort tempérament. «Pour être arbitre à ce niveau-là, il faut vaincre sa timidité. Ce travail forge un caractère, une personnalité, et puis il faut aussi assumer, reconnaître ses erreurs», analyse celle qui devrait arbitrer régulièrement en Ligue 1 cette saison.

Une carrière basée sur le travail et l’ambition

Déterminée à gommer la moindre erreur laissée derrière elle, elle regarde un maximum de matches pour «partager et réfléchir sur les décisions prises par les autres». Depuis deux ans, pendant son temps libre, elle est en charge à la FFF des arbitres de première et deuxième division féminine. Elle y partage son expérience et son expertise afin de tirer le niveau des arbitres vers le haut. Frédérique Jossinet, responsable du secteur féminin à l’instance nationale, l’encense : «Elle accompagne le suivi des arbitres de haut niveau à la Fédération en tant que bénévole et rôle modèle, elle a un vrai rôle à jouer. On a besoin d’avoir des “Stéphanie Frappart” comme ambassadrices». Directrice des activités à la Fédération sportive et gymnique du travail (FSGT) en plus de sa profession d’arbitre, du temps libre, elle n’en a pas beaucoup. Mais c’est une travailleuse acharnée qui est parvenue à passer les tests physiques qu’on impose aux arbitres masculins pour exercer en Ligue 1. C’est l’unique raison que la principale intéressée trouve pour justifier qu’elle soit encore la seule à s’être installée parmi les hommes.

«Essayez de suivre Mbappé à 37km/h, c’est pour ça qu’on passe les mêmes épreuves physiques que les garçons, c’est normal. C’est important d’être à des distances acceptables pour avoir des bons angles de vue et prendre les bonnes décisions», explique Frappart. Pour réussir ces tests, cela nécessite des entraînements à plein temps, seule ou avec son préparateur physique personnel. «Je varie pas mal entre la course, le vélo, la natation. Sur le terrain, il faut être explosive sur de courtes distances et tenir 12-13 kilomètres par match. Je travaille quotidiennement la vitesse, le fractionné, le renforcement musculaire…», énumère-t-elle. Concernant la rencontre capitale qui l’attend ce mercredi, Mme Jossinet n’est pas inquiète. «Elle a une grande capacité de concentration, elle est bien préparée. Elle ne se pose pas de questions, et elle fera le point après le match pour travailler ce qui n’a pas été, comme à son habitude, avec son grand professionnalisme», détaille l’ancienne judokate.

Et cette rigueur, l’arbitre de 35 ans la justifie par le besoin de toujours s’améliorer. Car le métier d’arbitre ne donne pas le droit à la moindre erreur, quel que soit le niveau. Vu sa droiture dans le travail et sa fulgurante ascension des derniers mois, tout porte à croire qu’elle pourrait continuer à viser plus haut et exercer dans les plus grandes rencontres internationales du football masculin. Frédérique Jossinet partage cet avis : «Connaissant Stéphanie, ce qu’elle veut, c’est décrocher le Graal. Elle ne se met pas de limites et ce qu’elle récolte aujourd’hui, elle ne le doit qu’à elle-même. Elle se donne les moyens d’y arriver, elle a su être là au bon moment et c’est tout sauf du hasard».

Elle excelle en binôme avec sa compatriote Manuela Nicolosi

«Sur le terrain, on a une relation de confiance réciproque», lance d’entrée Manuela Nicolosi. «A l’extérieur, on est deux amies. Depuis cinq ans, on a fait beaucoup de matches ensemble, on se connait vraiment très bien. Au fur et à mesure des matches, on se connaît de mieux en mieux, on apprend à s’améliorer ensemble et maintenant, on a un super équilibre», poursuit l’arbitre assistante avec le large sourire qui la caractérise tant. Dès 2015, Frappart arbitre centrale, et Nicolosi, arbitre de touche, forment un duo inséparable. Et pour Frédérique Jossinet, leur réussite commune n’est pas fortune. «Aussi bien l’une que l’autre sont devenues des expertes, ce sont des athlètes de haut niveau, elles s’entraînent d’arrache-pied et ont une volonté importante pour y arriver. Pour réussir, il faut de la rigueur, de la justesse et de la passion», développe la médaillée d’argent aux Jeux d’Athènes. Avant de conclure avec assurance : «Et l’une ne va pas sans l’autre, c’est un formidable binôme français». Pour les rencontres internationales, elles ont été rejointes par l’Irlandaise Michelle O’Neal depuis la Coupe du monde U20 l’année dernière. Et ce sera encore le cas pour ce match historique entre Liverpool et Chelsea.

Cette organisation arbitrale inédite devrait maintenant se produire beaucoup plus fréquemment vu le désir commun de la FIFA, de l’UEFA et de plusieurs fédérations nationales d’accélérer le processus de mixité dans le football de haut niveau. Dans ce sens, consciente des difficultés pour une femme d’arriver à un tel niveau, Frappart se refuse à croire que ces barrières soient spécifiques au football. «C’est à l’image de la société, quand on est une femme, il faut toujours qu’on fasse un peu plus, montrer un peu plus pour acquérir sa place.» Et en prenant son rôle de pionnière à coeur joie. «La femme a toute sa place dans le foot, on le voit au niveau mondial, conclut Frappart. Nelly Viennot (NDLR : arbitre assistante en D1 dès 1996) avait ouvert des portes, j’en ai ouvert d’autres. Et j’espère qu’il y en aura de nouvelles. J’aime susciter des vocations.»

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